Le Meilleur des mondes, Aldous Huxley

Publié le par JaneM

Le Meilleur des mondes, Aldous Huxley

Mais c'est là la rançon dont il nous faut payer la stabilité. Il faut choisir entre le bonheur et ce qu'on appelait autrefois le grand art. Nous avons sacrifié le grand art.

Le Meilleur des mondes, A. Huxley

Il était grand temps que je lise ce classique de la littérature SF anglaise. C'est chose faite: petite plongée dans Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley.

L'histoire: Bienvenue au Centre d'Incubation et de Conditionnement de Londres-Central. À gauche, les couveuses où l'homme moderne, artificiellement fécondé, attend de rejoindre une société parfaite. À droite : la salle de conditionnement où chaque enfant subit les stimuli qui plus tard feront son bonheur. Tel fœtus sera Alpha – l'élite – tel autre Epsilon – caste inférieure. Miracle technologique : ici commence un monde parfait, biologiquement programmé pour la stabilité éternelle... La visite est à peine terminée que déjà certains ricanent. Se pourrait-il qu'avant l'avènement de l'État Mondial, l'être humain ait été issu d'un père et d'une mère ? Incroyable, dégoûtant... mais vrai. Dans une réserve du Nouveau Mexique, un homme Sauvage a échappé au programme. Bientôt, il devra choisir : intégrer cette nouvelle condition humaine ou persister dans sa démence...

Bon, quasiment tout est dit dans ce résumé éditeur, Aldous Huxley nous emmène dans un monde futuriste et nous livre une contre-utopie devenue très célèbre. J'ai eu un peu de mal à me "mettre" dans le livre, les deux 1ers chapitres m'ont paru longs car un peu techniques quant aux avancées scientifiques. Mais finalement, je me suis très vite intéressée aux personnages et surtout au monde dans lequel ils vivent. Un monde futuriste? Oui certainement en 1931, et en même temps un monde qu'on ne peut s'empêcher de rapprocher de notre société actuelle. Remplacez "hypnopédie" par "télévision" et vous aurez un petit aperçu de ce qui m'a paru très ressemblant. D'autant plus que l'idée du bonheur est ici la consommation accessible à tous. En refermant ce livre, une idée reste dans la tête: celle que nous courons droit vers ce genre d'Etat où tout le monde semble heureux grâce à une consommation à tout instant et à un système de castes sans contraintes. Finalement, sur papier et à certains moments de l'histoire, ce monde ne paraît pas dépourvu de charmes (Le monde est stable à présent. Les gens sont heureux; ils obtiennent ce qu'ils veulent. Ils sont à l'aise, ils sont en sécurité, ils ne sont jamais malades, ils n'ont pas peur de la mort...) mais ce serait oublier la consommation excessive de "drogues du bonheur" (le soma), le conditionnement mental, la soumission des êtres, l'abandon de la culture, des valeurs, de la liberté et des sentiments. Après lecture du dernier chapitre, j'étais hésitante: ai-je aimé ce roman? Avec un peu de recul, je peux affirmer que oui, malgré quelques défauts (c'est court, certains personnages ne sont pas assez développés, il manque une vision plus "mondiale" de ce nouvel Etat...) l'écriture m'a vraiment plu: fluide, dynamique, de nombreux extraits sont pertinents et percutants. C'est beau, triste, ça fait un peu peur mais surtout ça fait réfléchir.

Eh bien, j'aimerais mieux être malheureux que de connaître cette espèce de bonheur faux et menteur dont vous jouissez ici

Le Meilleur des mondes, A. Huxley

Publié dans Livres, Contre-utopie

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